The Blind society

Neo-Tokyo. Capital du Japon, pays d'Asie appartenant aux États-Unis depuis 1945. Dans une petite école de quartier, le professeur attendait les étudiants pour un cours qu'il espérait intéressant. Il avait beaucoup de chance d'avoir ce poste alors qu'il était japonais. Le Japon a énormément changé depuis la Seconde Guerre mondiale. Hideo Yoshizawa était conscient que cela allait être difficile aujourd'hui, mais il n'avait pas le choix. Les États-Unis avaient des directives et il devait se plier à cela. Être un natif dans une école américaine était déjà assez épuisant comme cela. Il salua les premiers étudiants qui venaient d'arriver et il se leva pour allumer le tableau. Le titre de la leçon s'afficha dessus, montrant à tous le thème de l'heure qui allait suivre.

« Neo-Tokyo, Histoire de la ville et du Japon. »

Voilà, tout le monde était enfin arrivé et il actionna un module qui désactiva tous les appareils de communication des élèves, leur laissant accès uniquement aux numéros d'urgence obligatoires.

« Bonjour à tous, la séance d'aujourd'hui portera sur la ville et sur l'histoire du Japon, est-ce que quelqu'un sait depuis quand le Japon appartient aux États-Unis ? »

La surprise sur leur visage lui indiqua que non, les étrangers avaient tendance à oublier que le Japon était un pays libre il y a de cela bien longtemps.

À vrai dire, ses droits lui ont été retirés après la Seconde Guerre mondiale, quand il ne put avoir d'armée digne de ce nom suite à la défaite de l'Axe. Les Alliés se sont partagé les vaincus, l'Europe se battant l'Allemagne avec la Russie alors que les États-Unis avaient une proie bien plus intéressante pour eux : Le Pays du Soleil levant.

Les étudiants le regardent un instant alors qu'il reprend son explication.

Il fallait qu'il leur parle de l'arrivée massive d'Américains sur le sol japonais et qui s'installèrent en masse dans les grandes villes pour coloniser culturellement son pays tant aimé. Il n'a pas vécu cette période de leur histoire, mais son ressenti est le même que beaucoup d'autres natifs, il voulait sa liberté. L'apprentissage intensif de l'anglais fut imposé dans les écoles pour rendre les Japonais bilingues, pour éviter que les enfants ne puissent communiquer qu’avec une partie des habitants, l'anglais devenant la seconde langue la plus parlée du pays. Franklin Roosevelt savait qu’il fallait y aller en douceur alors il garda la langue japonaise comme langue principale. Fasciné par la culture asiatique, il accepta aussi d’épargner l’identité ethnique du pays.

Guérissant de leurs blessures, les Japonais ne purent rien faire face à ces arrivées massives de ce peuple dans leur patrie, imposant leur manière de vivre et leur moeurs. Le Japon a été vaincu sans espoir de retour en arrière. L'Allemagne fut libérée au fil du temps, mais les USA refusèrent de rendre ce pays si profitable. Cela est encore source de conflit avec les autres pays, mais qui risquerait la guerre pour un pays si insignifiant ?

Hideo retint un soupire.

Son pays s’américanisant toujours plus est aujourd'hui un bastion d’un monde multiculturel qui respecte les traditions du Japon tout en apportant celles d'autres peuples. Cela donne cours à quelques débordements, mais le flegme naturel des Japonais arrive à calmer les ardeurs des plus tapageurs. Il n’est pas rare de croiser des gens venant des quatre coins du monde dans les rues de Tokyo.
« Le type de population a vraiment changé depuis 1945 ? »

Hideo esquissa un sourire, les jeunes avaient du mal à comprendre comment cela était possible d'avoir autant de changement en si peu de temps.

La population neo-tokyoîte est pourtant diversifiée. On rencontre encore beaucoup d’Asiatiques, mais il n’est pas rare de croiser des habitants devant d’Europe, d’Amérique, d’Afrique ou bien d’Océanie. Tous ces gens coexistent dans cette ville, car ils ont mis en place au fur et à mesure du temps des quartiers où chaque groupement de personnes a une culture semblable. Il est bien évidemment possible qu’un membre d’une autre culture habite ces quartiers, mais beaucoup préfèrent rester entre eux pour continuer de vivre comme dans leurs pays respectifs.

Il existe aussi des Japonais avec des origines diverses, que ce soit par brassage de la population ou encore parce que des parents venus d’autres pays ont donné naissance à des enfants sur le sol japonais, comme la plupart des étudiants de cette école.
« Quelle est la situation politique du pays ? »

La question qu'il redoutait le plus. Il se devait de dire la vérité, mais il tenait à son poste alors il préféra broder un système démocratique équitable alors qu'il n'en était rien.

En réalité, les États-Unis ont utilisé les ressources techniques du pays et continuent d’en faire l’endroit le plus à la page au niveau high-tech. Les dernières innovations viennent d’ici, mais tout cela a un prix. Il n’est pas compliqué de voir ce qu’il ne va pas en s’imaginant ce fier pays se faire dominer par un pays tel que les États-Unis. On remarque cette invasion occidentale rien qu’en marchant dans la rue. Il y a un pourcentage d’Occidentaux vivant à Tokyo assez impressionnante et il n’est pas rare de pouvoir en croiser dans la rue.

La première chose que l’on peut observer dans cette société, c’est que c’est encore un système démocratique où chaque personne peut voter pour qui il veut. La subtilité est que souvent, les candidats qui sont présentés sont favorables à l’envahisseur occidental et qu’il est difficile pour un politicien qui prône que le pays redevienne japonais de se faire élire, car il aura tendance à se faire oublier un peu des médias. Il n’y a pas d’assassinat, mais le fameux candidat se retrouvera souvent enrôler dans un autre parti politique ou il sera corrompu. Les gens ont tendance à râler contre ce genre de pratique, mais comme le Japon est quand même un pays relativement sécuritaire et qu’il y fait quand même bon vivre, ce mode de vie a tendance à endormir les opinions négatives sous un coulis de « Ça pourrait être pire, après tout, on est libre quand même ».

Malheureusement, il y a aussi des inégalités qui font grincer les dents. Les Caucasiens ont de base moins de risque de se faire embêter par la police, car ils ont des ordres et les forces de l'ordre occidentaux ont aussi tendance à contrôler plus souvent les personnes qui ne sont pas occidentales. Il est certains que les citoyens ont un peu plus de tranquillité s'ils tombent sur un policier japonais, ils sont réputés pour être moins regardant sur certaines choses, surtout si la personne en face est orientale. Il y a des fois des tensions à cause de ce genre de chose, mais peu de gens se révoltent, restant dans leur quotidien sans se soucier de cela. L’arrivée des montres d’identification a été plutôt bien acceptée même si certaines personnes pensent que c’est un moyen de contrôler la population.

Les tensions vont peut-être finir par éclater, mais pour le moment, le monde est plus centré sur la sortie de la prochaine montre d’identification à la mode plutôt que de combattre l’injustice qui sévit dans ce monde.

Et ces enfants ne doivent pas encore voir la réalité des choses. Ce sont des citoyens américains, ils ont plus de droits que leur professeur devant eux.

« Il y a eu beaucoup de changement au niveau de la science et des technologies ? »

Hideo tritura son bracelet d'identification. Oui, beaucoup de choses ont changé.

Le Japon a travaillé pour les États-Unis et ils ont gagné. Ils ont mis au point, au fil du temps, un bracelet qui remplace la carte d’identité et divers papiers. La plupart des gens pensent que c'est une bonne chose, car c'est plus simple, mais la capacité de pistage est effrayante. Le tout dans le but de vérifier encore et toujours les faits et gestes de chaque individu, mais aussi pour leur faciliter la vie. Plus besoin de carte de crédit ou d’avoir un portefeuille rempli d'un nombre incalculable de cartes de fidélité, tout est informatisé sur le bracelet. Un écran sert à naviguer dans les divers menus et chaque magasin a un appareil spécial qui scanne le bracelet pour en recueillir les informations de paiement. La police a aussi des dispositifs pour scanner ces bracelets et avoir ainsi les informations d’identification de la personne.

Les contrôles sont d'ailleurs de plus en plus fréquents depuis la révolte du quartier français. Hideo restait persuadé que cela avait un rapport avec Mirai Technology, cette entreprise obscure qui semble chercher quelque chose dans leur procédure.

Beaucoup de gens ont abandonné le téléphone portable pour se servir de leur bracelet comme appareil de communication, connectant par Bluetooth des écouteurs avec un micro. Les ordinateurs se sont améliorés, ils sont plus rapides et les écrans ont été remplacés par des surfaces transparentes.

La porte s'ouvrit d'un coup et la connexion au réseau internet se remis en fonction, le cours est terminé. C'était une bonne session, il s'agissait d'une classe plutôt facile. Ce ne sera sans doute pas le cas pour la suite de la journée... Il ne fallait pas qu'il craque.